Quel est l'avenir de l'hypnose dans le monde du bien-être et de la santé?

Je poserais plutôt la question “Quel est l’avenir de l’hypnotisme?”. C’est l’art d’utiliser les suggestions de bien-être pour consolider des stratégies de santé. Donc, c’est un outil stratégique utile. On peut l’employer dans le cadre de certaines techniques de méditation, de certaines techniques pour les traitements, par exemple, changement de pansements, problèmes neuro-cutanés, ou d’autres applications cliniques multiples. Il y a des recherches cliniques et fondamentales dans plusieurs universités, des revues scientifiques, des associations de professionnels qui se servent de l’hypnose, approfondissent et donnent des formations à leurs membres pour l’avancement de l’hypnotisme.

L’hypnotisme est devenu une science. Pour les gens qui seraient intéressés à en savoir plus, ils peuvent se référer à certains ouvrages. Entre autres, les ouvrages concernant le psychiatre américain Milton H. Erickson sont une belle illustration de comment une personne peut utiliser son potentiel créatif par l’état hypnotique.

Peut-on considérer que l'hypnose est une psychothérapie?

L’hypnose n’est pas une psychothérapie. L’hypnose est un état et dans cet état il y a une augmentation de la suggestion, d’où l’importance de l’éthique dans l’utilisation des stratégies hypnotiques. On peut employer l’état hypnotique dans des stratégies psychothérapeutiques mais ce n’est pas une psychothérapie. Souvent en psychothérapie, on aide les gens qui sont pris dans une expérience où ils ont développé des automatismes où leur conscience est altérée. On parlerait plus de conscience altérée = mauvais hypnose, et de conscience modifiée = bonne hypnose.

Il est préférable d’utiliser des techniques de manipulation éthique dans le but d’aider une personne à faire des changements écologiques pour elle-même. On montre plus aux gens à se déshypnotiser de la mauvaise hypnose, soit changer des automatismes non aidants en des automatismes aidants. On ne s’improvise pas thérapeute ou psychothérapeute, il faut d’abord avoir une solide formation si on veut l’utiliser dans un cadre thérapeutique.

Faut-il un don pour pratiquer l'hypnose?

Non. Cela s’apprend. Il y a des gens plus doués que d’autres pour l’apprendre mais ça ne prend pas un don. Ce qui peut faciliter l’apprentissage, c’est d’être bien guidé par des gens qui connaissent l’utilisation de l’hypnotisme pour le contexte clinique ou le contexte des apprentissages.

Que soigne l'hypnose?

L’hypnose peut être employée en pédagogie, en thérapie et elle peut effectivement soigner. Dans le répertoire des traitements cliniques de l’hypnose, l’état hypnotique peut être utilisé pour des problèmes somatiques et également pour traiter des problèmes psychologiques. Il peut être utilisé pour développer des automatismes d’apprentissages en pédagogie.

Voici quelques exemples cliniques; au plan somatique, l’état d’hypnose peut aider les cas de brûlures, de problèmes de circulation sanguine, d’aménorrhée, de dysménorrhée, de problèmes neuro-cutanés, d’acouphènes, d’effets secondaires des médicaments, de chimiothérapie, d’hémophilie, de douleurs chroniques, lors d’un traitement chez le dentiste, etc., en fait de multiples applications cliniques.

Quelques exemples au niveau psychologique: le traitement de l’angoisse, des phobies, du stress post-traumatique, de la dépression, du manque d’estime de soi. En pédagogie, on peut l’utiliser pour les personnes ayant des difficultés à apprendre: la dyslexie, les confusions dans l’espace et le temps, l’anxiété liée à l’apprentissage.

L'hypnose ericksonienne est-elle-scientifique?

Il existe dans le mouvement scientifique des études sur les états de conscience modifiée. Il y a plusieurs types d’hypnose. Actuellement on étudie, non pas l’hypnose ericksonienne, mais des techniques ou stratégies ericksonienne qui peuvent être utilisées dans l’état hypnotique. Pour la communauté scientifique, on va parler d’état de conscience modifiée, de conscience altérée, de transe commune. Mais l’hypnose ericksonienne n’existe pas comme science, c’est plutôt une école de pensée, un modèle. À mon avis, seul Milton H. Erickson est un ericksonien.

La profondeur de la transe est-elle importante?

Pour Erickson, chaque situation avec laquelle il travaille est unique. Contrairement à l’hypnose classique ou traditionnelle, il propose de ne pas parler de profondeur de transe. Pour lui, une légère transe peut être aussi utile à utiliser qu’une transe profonde. Il parle plutôt du processus hypnotique. Il propose avec d’autres chercheurs, dont André Weitzenhoffer, d’appeler en clinique, la transe commune. Ces caractéristiques ont été énumérée par Michel Kérouac lorsqu’il a défini antérieurement la transe. Erickson utilisait la transe commune pour faire le traitement. Dans la transe commune, l’un des facteurs importants est que la personne est dissociée naturellement, ce n’est pas une dissociation pathologique.

Quelles sont les spécificités de l'hypnose ericksonienne?

Une des principales caractéristiques de l’approche de Milton Erickson est cette liberté d’utiliser des truismes, des métaphores, des confusions positives, l’état hypnotique et stimuler l’autorité intérieure d’une personne.

Le praticien utilise son autorité et développe son propre modèle en s’inspirant d’abord de ses propres ressources et de ce que Erickson a pu proposer comme modèle. Michel Kérouac a fait une synthèse des attitudes qui ont permis à Milton Erickson de se développer. Ces quatre attitudes ont été décrypté en fonction de ce que Erickson dégageait en tant qu’être humain et professionnel:

  • Avoir une attitude accueillante envers le client.
  • Reconnaître son problème dans un système.
  • Utiliser toutes sortes d’énergies même les résistances pour transformer, pour transducter, changer une forme d’énergie en une autre forme d’énergie.
  • Axer ces stratégies pour aider les gens à se séparer de leurs problèmes, c’est-à-dire, proposer l’autonomisation.

Qui était Milton Erickson?

Milton Erickson était un psychiatre américain qui est né en 1920 et décédé en 1980. Il a su proposer d’utiliser l’hypnose pour des fins pédagogiques et thérapeutiques, stimuler la créativité chez l’intervenant pour potentialiser ses ressources et canaliser les résistances, les contextes et les croyances d’une façon écologique pour développement ou, si la personne est malade, l’aider à déclencher un processus d’auto-guérison ou de soulagement. Erickson était un modèle d’un battant dans la vie. Il souffrait de certaines problématiques physiques; 2 crises de poliomyélites, les douleurs chroniques, demi-entendant, dyslexique, il avait une vision double, il mêlait sa droite et sa gauche, il avait des problèmes d’apprentissage, la dyslexie, synéthète (confusion de sens). Il a su mobiliser ses énergies et ses ressources pour éviter d’être une personne victime et proposer plutôt des valeurs contraires.

Erickson avait une habilité à construire des stratégies pour faire face à des confusions négatives. Il a su maîtriser et créer des confusions positives comme l’humour, les jeux de mots, les métaphores, créer des confusions par des gestes. Pour dépotentialiser le conscient d’une personne et stratégiquement et habilement proposer une ressource qui mobilise les automatismes inconscients pour que ces mécanismes deviennent éventuellement conscients.

Erickson était d’abord un praticien, non un théoricien. Beaucoup de ses élèves dont Rossi, Zeig et plusieurs autres, ont proposé des indices pour saisir son modèle. Il a su proposer un nouveau paradigme dans le domaine de l’hypnose clinique.

Quelles qualités possède un praticien en hypnose ericksonienne?

D’abord, dans l’approche ericksonienne, comme dans les autres approches, les qualités de base sont les qualités humaines.  En plus, il utilise des stratégies ericksonienne dans le cadre de ses compétences et de son éthique.

Existe-t-il un risque à utiliser l'hypnose?

Oui, il y a un risque lorsque cela est pratiqué par des gens non compétents qui ne connaissent pas les limites de l’hypnose mais aussi son utilisation d’une façon non éthique tout en sachant que l’on peut aussi bien manipuler non éthiquement dans l’état hypnotique que dans l’état non hypnotique.

Peut-on ne pas se réveiller?

L’état d’hypnose n’est pas un état de sommeil. Cela n’a aucune référence avec le sommeil. Pouvons-nous ne pas nous déshypnotiser? Certaines personnes prennent au pied de la lettre certaines consignes et peuvent rester hypnotisés et cela se traduit par des automatismes. En général, les gens finissent par se déshypnotiser (si l’on parle de l’hypnose traditionnelle).

Peut-on ne pas être hypnotisable?

Selon certaines études, les échelles de Standford, 10% de la population ont un score de 0/12 et ne sont pas hypnotisables.  Selon ces études, les indices de susceptibilité ou de suggestibilité hypnotiques, les gens hypnotisables 12/12, c’est 10%, les gens qui ne sont pas hypnotisables c’est 10%.  Les 80% de la population se répartissent selon la courbe de Gaus.

Est-ce une perte de conscience? Une perte de contrôle?

Non. Ce n’est pas une perte de conscience, c’est un état de conscience. C’est un état naturel où la conscience est en mode d’économie d’énergie et apparaît certains signes que nous pouvons observer chez un sujet qui est dans cet état (réf. aux signes cliniques)

Ce n’est pas une perte de contrôle. Le contrôle est relié à des fonctions physiques cognitives. Dans l’état hypnotique, il y a des manifestations spécifiques où l’espace-temps s’articule différemment, par exemple, la vision périphérique peut être touchée dans cet état.

L'hypnose est-elle un état naturel?

Oui. Par définition, l’hypnose est un état naturel. Certains auteurs dont Ernest Rossi relient certains cycles comme les cycles ultradiens à l’état hypnotique.